Travailler dans un domaine que l’on aime change tout

Faire un travail que nous aimons devrait être un objectif que tout le monde se fixe. Nous passons une grande partie de notre vie au bureau et si vous faites notre travail uniquement pour de l’argent ou de la reconnaissance, le temps semble être très long. Je parle aussi d’emplois étudiants qui, nous savons, sont parfois un peu ennuyeux ou redondants.

Je repense à mes années au service client. Rester dans le même poste pendant trop longtemps me devenait insupportable : l’ennui s’installait vite, et il me fallait un nouveau défi pour ne pas m’éteindre à petit feu. Sur le papier, changer d’emploi en France tous les six mois n’a rien d’idéal pour la réputation professionnelle, mais j’ai choisi de préserver ma santé mentale. Les consignes du type « Il faut rester jusqu’au bout » ou menaces à demi-mot sur la perte du poste ne m’ont jamais convaincue. Pas plus que les comportements déplacés de certains clients. J’ai su poser des limites, et si ça coinçait, je partais sans regrets. Bien sûr, j’étais prête à des ajustements, mais je gardais en tête que la vie est courte et que le monde du travail ne manque pas de portes à pousser.

Vient alors le moment des choix d’orientation. Je sentais une envie d’aider, mais comment transformer ce vague désir en parcours concret ? Le jargon des filières, AEC, DEC, formation en ligne, DEP, m’embrouillait plus qu’il ne m’éclairait. Finalement, j’ai opté pour le travail social. L’ambiance en classe m’a plu, les rencontres aussi. Pourtant, sur le terrain, je n’ai pas ressenti l’étincelle. Les démarches administratives, la lecture des lois, la montagne de paperasse… tout cela m’a vite lassée. J’étais déçue : je croyais que cette voie me correspondait, mais après deux ans à m’accrocher, j’ai compris qu’il fallait changer de cap. Pour ne pas perdre davantage de temps, je me suis engagée en sciences humaines. Mais là, je l’avoue, aucune flamme : je traînais aux cours, mon lit m’attirait plus que les amphithéâtres. Après un an à lutter sans conviction, j’ai fait un nouveau pari et je me suis inscrite en éducation spécialisée.

Cette fois, le déclic a été immédiat. J’ai trouvé ma place, soutenue par une équipe enseignante inspirante et une promotion soudée. Ma vie a pris d’autres détours, deux grossesses m’ont amenée à interrompre les études un moment, mais je n’ai pas lâché. Entre deux couches et trois biberons, j’ai aussi travaillé à l’école primaire. Là, face à de jeunes élèves débordants d’énergie, j’ai compris que la routine n’existerait jamais dans ce métier. Bouger, improviser, collaborer en équipe, alterner entre la gestion des urgences et la planification, tout cela me stimulait. Impossible de s’installer dans la monotonie : un jour, on accompagne un enfant en crise, le lendemain, on construit un projet avec un collègue. Dans l’éducation spécialisée, la polyvalence et l’adaptabilité sont des alliées précieuses.

Ce parcours ne s’est pas fait sans heurts. J’ai connu des journées où les insultes, les gestes brusques, les objets lancés en classe faisaient partie du décor. J’ai affronté des situations tendues, des émotions fortes, des soirs de doute. Mais ce métier me nourrit. J’aime suivre les progrès, accompagner les personnes, défendre les droits de mes élèves, transmettre des savoirs, écouter, encourager. Parfois, la fatigue me gagne, à force de porter les difficultés des autres, mais il suffit d’une petite avancée, d’un sourire retrouvé, pour que le moral revienne.

Se respecter soi-même et choisir une voie qui a du sens, voilà ce qui me porte. Quand la journée se termine, je n’ai pas envie de tourner la page. Je retrouve, chaque matin, l’enthousiasme des débuts. Apprendre, se remettre en question, évoluer : c’est le signe que la route empruntée est la bonne. Le sentiment d’être à ma place ne me lâche plus. Et si demain tout changeait encore, je sais désormais où chercher l’élan pour rebondir.