Passer du salariat au freelancing pose une question rarement traitée avec rigueur : quel taux journalier moyen permet réellement de maintenir le même niveau de vie qu’en CDI ? La réponse dépend du statut juridique choisi, du nombre de jours effectivement facturés dans l’année, et du poids des cotisations sociales. Ces trois variables, combinées, produisent des écarts considérables d’un profil à l’autre.

TJM freelance : les charges invisibles que le brut ne montre pas
Un salarié en CDI perçoit un net après que l’employeur a réglé des cotisations patronales représentant une part substantielle du coût total. Le freelance, lui, supporte l’intégralité de cette charge. C’est le premier décalage à intégrer.
Le second tient aux frais que le CDI ne voit jamais passer : mutuelle collective, prévoyance, congés payés financés par l’employeur, formation professionnelle. Un freelance doit financer seul chaque ligne budgétaire qu’un employeur prend en charge. Oublier un seul de ces postes fausse le calcul du TJM dès le départ.
Le troisième facteur, souvent sous-estimé, concerne les périodes d’intercontrat. Un salarié touche son salaire douze mois par an. Un indépendant, même expérimenté, ne facture pas chaque jour ouvré. La plupart des freelances facturent entre 15 et 19 jours par mois en moyenne, une fois déduits les congés, la prospection commerciale, la gestion administrative et les éventuels creux d’activité.
Calcul du TJM équivalent CDI selon le statut juridique
Le statut sous lequel vous exercez modifie profondément le TJM à atteindre pour un même revenu net. Trois cas de figure dominent le marché français.
Micro-entreprise
Le régime micro-entrepreneur applique un taux de cotisations proportionnel au chiffre d’affaires encaissé. Ce taux, relativement modéré par rapport à d’autres statuts, s’accompagne d’un plafond de chiffre d’affaires annuel. Tant que l’activité reste sous ce seuil, la simplicité comptable constitue un avantage réel. En revanche, l’absence de déduction de charges réelles (loyer de bureau, matériel, déplacements) peut pénaliser les profils qui engagent des frais professionnels élevés.
EURL ou SASU
Créer une société permet de déduire les charges réelles et d’arbitrer entre rémunération et dividendes. Le TJM nécessaire pour atteindre un net donné sera généralement plus élevé qu’en micro-entreprise, parce que les obligations comptables, juridiques et fiscales ajoutent des coûts fixes. La contrepartie : une meilleure protection en cas de chiffre d’affaires important et davantage de leviers d’optimisation fiscale.
Portage salarial
Le portage salarial occupe une position intermédiaire. La société de portage facture le client, prélève une commission de gestion, puis reverse un salaire net au consultant après déduction des cotisations sociales classiques. Le porté bénéficie du régime général de la Sécurité sociale, de l’assurance chômage et d’une mutuelle collective.
Pour estimer précisément le TJM nécessaire dans ce cadre, un outil de calcul tjm portage permet de simuler le passage du brut facturé au net perçu en tenant compte de la commission et des cotisations.
Le tableau ci-dessous résume les grandes lignes de chaque statut :
| Statut | Niveau de cotisations | Protection sociale | Contraintes comptables |
|---|---|---|---|
| Micro-entreprise | Proportionnel au CA, modéré | Régime indépendant, pas de chômage | Minimales |
| EURL / SASU | Variable selon rémunération et dividendes | Régime indépendant (EURL) ou assimilé salarié (SASU) | Comptabilité complète obligatoire |
| Portage salarial | Cotisations salariales + commission de gestion | Régime général, chômage, mutuelle | Gérées par la société de portage |
Jours facturables : la variable qui change tout dans le TJM
Le nombre de jours facturables constitue le dénominateur de l’équation. Plus il est faible, plus le TJM doit grimper pour compenser.
Une année compte environ 250 jours ouvrés. Un salarié en CDI avec cinq semaines de congés payés et les jours fériés travaille autour de 220 jours. Un freelance doit en retrancher davantage :
- Les jours de prospection et de réponse à appels d’offres, rarement facturés au client
- Les journées consacrées à l’administratif (facturation, relances, comptabilité, déclarations)
- Les périodes d’intercontrat, dont la durée varie selon le secteur et le réseau du freelance
- Les congés que personne ne finance à votre place
Sous-estimer l’intercontrat est l’erreur la plus fréquente dans le calcul du TJM. Un freelance qui table sur 220 jours facturés et n’en réalise que 180 verra son revenu net chuter d’environ un cinquième par rapport à ses prévisions.
Négociation du TJM : le prix du marché face à vos besoins réels
Fixer un TJM qui couvre vos charges et votre revenu cible ne suffit pas. Il faut aussi que ce tarif soit accepté par le marché. Deux approches coexistent.
La première consiste à partir du salaire net CDI visé, à y ajouter l’ensemble des charges sociales, des frais professionnels, de la marge de sécurité pour l’intercontrat, puis à diviser par le nombre de jours facturables estimé. Ce calcul ascendant donne le TJM plancher en dessous duquel vous perdez du pouvoir d’achat par rapport au CDI.
La seconde part des tarifs pratiqués dans votre secteur et votre zone géographique. Si le marché accepte un TJM inférieur à votre plancher, trois options se présentent : augmenter le nombre de jours facturés, réduire vos charges fixes, ou accepter un revenu net inférieur à celui du CDI de référence.
Le croisement de ces deux approches donne une fourchette réaliste. Le TJM viable se situe toujours à l’intersection de votre besoin financier et de ce que le marché accepte de payer.
Les postes à ne pas oublier
Au-delà des cotisations sociales, plusieurs lignes budgétaires alourdissent le coût réel de l’activité indépendante :
- La responsabilité civile professionnelle, obligatoire dans certains secteurs
- La mutuelle individuelle (ou la part non couverte en portage)
- La constitution d’une épargne de précaution équivalente à plusieurs mois de revenus
- Les outils professionnels, licences logicielles et matériel informatique
Chacun de ces postes réduit le net disponible et doit être intégré avant de fixer un tarif journalier.
Retrouver l’équivalent net d’un CDI en freelance exige un TJM sensiblement supérieur à ce qu’une division rapide du salaire brut annuel par 220 jours laisserait croire. Le statut juridique, le volume réel de jours facturés et les charges annexes créent un écart que seul un calcul méthodique permet de mesurer. Poser les chiffres avant de signer la première mission reste la meilleure garantie de ne pas découvrir le décalage six mois plus tard.

